LE
CONSTRUCTIVISME : APPRENDRE
PAR L'ACTION
1-
Le constructivisme selon Jean Piaget

C'est
en grande partie à Jean PIAGET que revient la prise en compte du :rôle premier
de l'action dans l'apprentissage.
PIAGET
est né le 9 Août 1896. Son père se consacre à la littérature médiévale et
lui donne le goût du travail systématique.
Sa
mère est intelligente mais névrotique : la vie familiale est difficile. Piaget
dit être un anxieux que seul le travail soulage, avec un besoin de solitude, de
la nature, après les réunions et le contact social.
Piaget
s'intéresse d'abord à la psychanalyse et à la psychopathologie. Ses premières
oeuvres en sont inspirées.
Piaget
était un enfant précoce. A 11 ans, il écrit son premier article sur un
moineau albinos. De 15 à 20 ans, il traverse des crises religieuse puis
philosophique, à la lecture de Bergson. Il publie un roman philosophique où
ses idées se dessinent déjà : l'action comme source de connaissances, la génétique,
l'équilibre entre l'assimilation et l'accommodation
Il
découvre que la logique n'est pas innée mais se construit petit à petit.
Ses
premières recherches portent sur la pensée enfantine. Le but en est
d'atteindre le mécanisme psychologique des opérations
logiques et du raisonnement causal.
Sa
méthode est un rejet des tests qui selon lui ne permettent pas une analyse
suffisante des résultats.
Il
veut varier les questions, faire des "contre-suggestions" pour sonder
la force des convictions de l'enfant. Ne pas faire un constat mais expliquer le
fonctionnement de la pensée.
Il
rejette également l'observation pure qui est coûteuse et difficile compte tenu
de l'égocentrisme de l'enfant. Sa méthode est plus "clinique" : ne
pas influencer l'enfant, travailler avec seulement une hypothèse directrice,
discerner le plan du jeu de celui de la fabulation. Il mène des conversations
libres sur un thème dirigé ou un exercice précis avec du matériel concret,
sous forme de petites expériences.
2-
La théorie de Jean PIAGET
Les
recherches de J. Piaget se situent dans le champ de l'épistémologie génétique,
à savoir : comment les connaissances se forment-elles?
L'idée
centrale de Piaget est que l'enfant reconstruit pour lui-même, intérieurement,
son propre environnement. Sa théorie est qualifiée de constructiviste. Elle
laisse une grande place à l'action de l'individu.
C'est
à peine déformer les propos de Piaget que de dire que l'enfant apprend tout
seul les grands principes de la vie, la physique, les relations humaines, les
mathématiques...
Seule
restriction à cette idée : il faut pour cela que l'univers physique et social
dans lequel il vit soit suffisamment diversifié pour lui offrir toutes les
possibilités d'expérimentation nécessaires à la compréhension des choses.
Faute
de quoi, on en est réduit :
n
à
imposer à l'enfant, de l'extérieur, des idées toutes faites qu'il ne comprend
pas vraiment faute de les avoir testées lui-même
n
à une pédagogie
traditionnelle dans laquelle l'enfant est passif, dans laquelle c'est l'adulte
qui structure, avec plus ou moins de bonheur, les modes de pensée de l'enfant
n
à
"faire de la discipline" sans laquelle une classe traditionnelle ne
peut tourner puisque tout est imposé à l'enfant, sans tenir compte de ses intérêts
et de son vécu du moment.
Mais
quand Piaget dit que l'enfant apprend par l'expérience, sur quelles données
d'observation se base-t-il et comment explique-t-il que l'acquisition des
savoir-faire puisse de proche en proche s'organiser et se transformer en un système
de pensée abstraite?.
A
la naissance, l'enfant possède déjà un certain nombre de comportements et de
réponses toutes faites aux stimulations extérieures et qui assurent sa survie.
Ces réponses et comportements sont des réflexes ( ex : le réflexe de
succion).
A
partir des réflexes de base, le bébé va progressivement s'adapter à son
milieu de vie.
Et,
tout comme chaque espèce se modifie au cours des siècles avec l'apparition de
nouvelles conditions de vie ( phylogenèse ), de même l'intelligence de
l'enfant est une création continue de formes de plus en plus complexes et une
mise en équilibre progressive entre ces formes et le milieu.
Cette
théorie de l'équilibration de J.
Piaget prévoit que cette adaptation au milieu est un équilibre entre deux
processus apparemment opposés mais complémentaires, à savoir :
n
l'assimilation
n
l'accommodation
L'assimilation
est l'incorporation des objets et des personnes ( issues de l'environnement de
l'enfant ) à l'activité propre de l'enfant et à son organisation mentale.
Ceci évoque l'assimilation biologique, puisque l'esprit "se nourrit"
de la réalité extérieure.
Elle
conduit à alimenter les "schèmes" dont dispose l'enfant.
Le
schème est un schéma, un programme d'action . Ex : le schème de succion, de
préhension.
Le
schème assimile toutes les actions qui lui ressemblent mais accomode pour s'étendre
en dimension et en organisation.
L'accommodation
est la transformation de l'organisme face aux particularités du milieu; donc,
c'est une transformation de l'organisation interne du sujet à savoir une
transformation des schèmes face à la réalité extérieure.
L'adaptation
étant un équilibre entre l'assimilation et l'accommodation, il ne faut pas que
l'assimilation prédomine toujours, sinon les conduites de l'enfant ne seront
pas suffisamment différenciées ( un même geste pour diverses situations).
Par
contre, si le sujet accommode trop, il ne pourra pas structurer et approfondir
ses connaissances. Il va se noyer dans les nuances, sans toujours repérer les
similitudes, les analogies entre les situations et les choses.
Au
début, ce sont les perceptions et les réflexes ou mouvements élémentaires
qui font l'objet d'une adaptation assimilatrice et accommodatrice.
Puis
les éléments assimilés sont stockés par la mémoire et utilisés/restructurés
par l'intelligence sous forme de pensée non verbale ( imagée) puis verbale.
3-
Les stades du développement cognitif selon Piaget
Ainsi
l'enfant, à partir de ses perceptions élémentaires, se construit
graduellement une représentation et une connaissance de la réalité extérieure.
1er
stade : le stade sensori-moteur
Cette
construction débute par le jeu ou plutôt par l'exercice des réflexes, d'abord
dans un but de satisfaction immédiate. Ex : la succion, à chaque fois que
quelque chose s'approche de la bouche du bébé. Et il aura tendance à
assimiler tout objet à l'action de sucer.
C'est
ce que Piaget nomme la réaction
circulaire primaire, sorte de cercle sans fin primaire, c'est à dire au
niveau élémentaire, centré sur le corps propre de l'enfant : il suce pour
l'effet que cela lui procure.
Par
l'exercice de ce réflexe, le nourrisson apprend à différencier diverses
choses : biberon/pouce, puis ses divers jouets ( consistance, goût, chaud/froid
).
Au
niveau des perceptions, un véritable exercice s'opère également, amenant le
nourrisson à reconnaître les caractéristiques du visage humain, par exemple;
puis, à apprendre à suivre du regard tout objet en mouvement.
Il
en viendra naturellement à suivre du regard non seulement ce qui l'entoure mais
aussi son propre corps et particulièrement sa main, partie la plus accessible
à son regard.
Ainsi
s'élabore, par ajustements successifs, une coordination entre la vision et la
préhension ( vers 4 mois), ce qui lui permet désormais d'attraper ce qui se
trouve dans son champ visuel, et d'agir sur les objets extérieurs.
Cette
nouvelle conquête fait l'objet elle aussi d'un véritable exercice, répété
pour lui-même et centré non plus sur les besoins immédiats du bébé mais sur
la réalité extérieure. Le bébé accède alors au second niveau, celui de la réaction
circulaire secondaire.
A
ce stade, l'accommodation prédomine, car le bébé adapte ses schèmes
d'action, ses mouvements, aux divers objets qu'il saisit, en fonction de l'effet
qu'ils produisent ( vers 4-9 mois) : secouer, balancer, frotter, sucer...
Puis
l'enfant en vient de proche en proche à coordonner deux ou plusieurs mouvements
en vue par exemple d'atteindre des objets inaccessibles ( enchaînement
d'actions et non plus actes isolés).
De
ce fait, les schèmes qu'il possède déjà se diversifient en actions plus
complexes, plus élaborées, qui vont donner lieu, à nouveau, à de nombreuses
répétitions mais aussi à une expérimentation.
Face
à toute situation nouvelle, à tout objet nouveau, le bébé ( 1an à 18 mois)
varie ses mouvements, les gradue de façon à en observer la fluctuation des résultats.
C'est le 3ème niveau : l'expérimentation ou
réaction circulaire tertiaire. Par exemple, le bébé de 9mois-1 an prend
un jouet, le secoue, le tourne dans tous les sens, le jette. Si on le ramasse,
il le rejette...
A
force de varier ainsi ses actions, le bébé parvient ( 18 mois) à trouver des
moyens nouveaux par combinaison en pensée des schèmes nécessaires; ex : il
essaie d'ouvrir une boite s'arrête, ouvre/ferme la bouche, applique le geste.
En fait, il ne pense pas à proprement parler, il voit en images.
Ainsi,
la maîtrise grandissante de ses schèmes d'action amène l'enfant à en acquérir
une représentation interne, se détachant peu à peu du réel. Cet avènement
de la représentation mentale avait été préparée quelques mois plus tôt par
la constitution de l'objet permanent.
L'objet
permanent : si on fait évoluer un jouet attrayant devant les yeux d'un bébé
et qu'on amène le jouet sous un coussin, avant 9-10 mois, le bébé cesse
d'essayer de l'attraper dès qu'il ne le voit plus. Vers 9 mois, il poursuit son
activité de recherche du jouet, si on lui permet d'accéder au jouet tout de
suite après qu'il ait été caché. Après 10 mois, il continue à chercher le
jouet même s'il est caché depuis quelques minutes déjà.
Cette
acquisition correspond à la découverte par l'enfant qu'un objet peut exister
indépendamment de l'enfant lui-même, que cet objet demeure quelque part même
s'il ne l'a plus sous les yeux.
Cette
découverte coïncide avec l'angoisse de séparation, quand l'enfant comprend
clairement que sa maman est une personne différente de lui ; il ressent alors
une coupure, un manque quand elle s'en va ( dépossédé).
Tous
ces faits observés chez l'enfant de la naissance à environ 18 mois mettent en
évidence que c'est par l'intermédiaire de ses premières actions et
perceptions que l'enfant arrive à une première forme de représentation du
monde qui l'entoure. C'est pourquoi Piaget a nommé ce stade : stade sensori-
moteur.
Il
correspond à une première forme d'équilibre dans laquelle l'enfant est
capable de se situer dans son espace environnant en tant que différent de ce
qui l'entoure. Il accède à la notion d'objet, de temps ( avant, après), en
fonction du déroulement des événements qu'il vit, de causalité par les
effets de ses actions sur l'extérieur ou de l'extérieur sur lui.
2ème
stade : le stade pré-opératoire
Ces
notions de base construites sur le plan pratique ( sensori-moteur) s'organisent
ensuite à partir de 18mois-2 ans sur le plan représentatif avec l'émergence
de la fonction symbolique ( ou sémiotique), quand l'enfant apprend à utiliser
les symboles et les signes.
L'imitation
et le langage sont les deux moteurs de ce progrès.
A
ce stade, cinq conduites nouvelles attestent l'apparition de la fonction
symbolique :
n
L'imitation
différée :
l'imitation avant 18 mois est produite par l'enfant en la seule présence du modèle
alors qu'à partir de cet âge elle se produit d'abord juste après l'exécution
par le modèle puis quelques instants après, puis quelques heures après... Le
délai augmente au fur et à mesurer que l'enfant acquiert la capacité de
remplacer le geste réel par son image en pensée.
n
Le
jeu symbolique
: l'imitation différée transparaît dans le jeu symbolique, activité
importante chez l'enfant dès 2 ans. Ex : il prend une petite boîte et la bouge
en faisant "vroum-vroum" et un objet banal devient une auto. L'enfant
lui attribue un symbole, une signification différente de celle que l'objet est
censé avoir.
n
L'image
mentale
vient plus tard. Elle serait une imitation intériorisée : reproduire les
choses et les actions en pensée.
n
Le
dessin : il
est assez tardif et n'apparaît qu'à partir de 2 ans ½ . Piaget l'interprète
comme un intermédiaire entre le jeu et l'image mentale.
n
Le
langage, évocation
verbale d'événements passés puis futurs. Ex : "miaou" est
l'attribution d'un signifiant au personnage du chat. Ici, la représentation
mentale s'appuie sur le substitut de l'objet que constitue sa dénomination
verbale.
Ainsi,
l'enfant se construit son propre système de signification qui trouve son développement
maximal avec l'acquisition du langage, permettant l'accès à une représentation
schématique des choses. Le mot, le signifiant permet de classer toute une série
d'éléments ( les signifiés) dans la même catégorie dont les caractéristiques
sont implicites.
Les
progrès du langage donnent lieu à des échanges plus riches entre l'enfant et
son environnement, ce qui lui ouvre de nouveaux champs d'expérimentation et
produit un véritable bond en avant dans sa compréhension du monde.
A
ce nouveau stade, l'enfant reconstruit donc sur un autre plan ( représentatif)
toutes les notions acquises auparavant (objet, espace, temps) pour atteindre un
autre palier d'équilibre qui sera le stade des opérations concrètes.
Au
début du stade pré-opératoire, la pensée est dominée par le symbolisme;
elle est centrée sur le sujet lui-même ( comme la réaction circulaire
primaire au stade antérieur). Cette pensée égocentrique se manifeste par l'artificialisme,
l'animisme, le finalisme et le réalisme intellectuel.
De
plus, cette pensée symbolique n'utilise pas, au début ( 2 à 4 ans) les mêmes
références abstraites que l'adulte, mais ce que Piaget nomme des
pré-concepts.
Le
mot, le concept ( ex : girafe, chien) désigne un exemplaire-type : LA girafe à
mi-chemin entre l'individuel et le collectif, sans distinction du TOUS et du
QUELQUES.
Ce
n'est que par l'apprentissage des traits sémantiques et de l'appartenance
inclusive que l'enfant se rapprochera des concepts adultes.
Puis,
à la pensée pré-conceptuelle fait place la pensée pré-logique cad que l'enfant raisonne de manière intuitive ( pré-logique)
parce qu'il n'arrive pas à multiplier deux notions ( par exemple la hauteur et
la largeur). Ex : si on prend deux verres identiques A1 et A2 et qu'on transvase
le verre A1 dans un verre B de forme différente, il n'y a plus la même quantité
de perles dans A2 et dans B, parce que l'un des deux verres semble plus haut ou
plus large.
Ce
raisonnement est un progrès par rapport à la pensée pré-conceptuelle, car
elle porte sur des configurations d'ensembles et non plus sur des figures
simples. L'enfant opère des régulations par centrations et décentrations non
articulées.
3ème
stade : le stade des opérations concrètes de la pensée
Progressivement,
aux centrations successives font place des centrations articulées ( se centrer
à la fois sur la hauteur du verre et sur sa largeur). On assiste alors à la
notion de conservation :
conservation, par exemple du poids et du volume d'une boulette de pâte à
modeler quand on modifie sa forme. La notion de conservation marque la mise en
place effective de l'intelligence opératoire concrète.
La
caractéristique essentielle des opérations concrètes et même du raisonnement
opératoire en général est que les opérations sont réversibles cad qu'elles peuvent être inversées ou retournées.
Ex : si l'on enfile dans un tube étroit trois boules A,B,C de droite à gauche,
cet ordre deviendra C, B, A de gauche à droite.
Que
sont ces opérations concrètes?
-
les classifications : il s'agit de classer des objets de forme et de couleur
différentes. De 2 à 5 ans, l'enfant réalisait des collections figurales (
mettre des triangles sur des carrés pour faire des maisons). Vers 5-7 ans, il
effectue des collections non-figurales : ce sont des petits tas d'objets
ressemblants mais non inclus dans la classe totale (quelques ronds ensemble, à
coté quelques carrés puis encore quelques ronds). A partir de 8 ans environ,
il y a inclusion de classes et classifications hiérarchiques. A ce moment, il
peut résoudre la différence entre "tous et quelques". Si on lui présente
une boîte avec 23 perles en bois, 20 rouges et 3 blanches et qu'on lui demande
: "y a-t-il plus de perles en bois ou plus de perles rouges, il peut répondre
à la question sans se tromper.
-
les sériations : on donne à l'enfant un ensemble de bâtonnets à classer du
plus petit au plus grand. A 5-6 ans, on obtient des petites séries de 3 ou 4 éléments,
sans organisation d'ensemble ( un petit, un moyen, un grand). A partir de 7-8
ans, l'enfant prend d'abord le plus petit de tous, puis le plus petit de ceux
qui restent et ainsi de suite. La méthode est opératoire. Elle permet la
transitivité : A<B et B<C
=> A<C. Elle permet l'opération inverse : B<C et B>A. B est à la
fois plus grand et plus petit : plus grand que A et plus petit que C, d'où la
possibilité d'intercaler de nouveaux éléments.
-
les correspondances terme à terme : on peut demander à l'enfant de mettre en
correspondance des bonshommes de tailles différentes avec des chapeaux de
tailles différentes.
-
les tableaux à double entrée : il s'agit de placer dans un tableau à 4 cases,
par exemple, des ronds et des carrés, soit bleus, soit rouges.
|
BLEU |
ROUGE |
|
|
■ |
|
O |
l |
-
le nombre : il résulte de la synthèse de la sériation et de l'inclusion : 1Ì1+1
Ì1+1+1 Ì1+1+1+1
( inclusion) et 1®
2 ®3®
4 ( sériation).
Ces
opérations ne sont possibles qu'avec un support concret, d'où le nom d'opérations
concrètes. En effet, l'enfant de 7 à 12 ans n'est pas capable de raisonner sur
des phrases complexes ( sans avoir l'objet sous les yeux).
A
ce stade se mettent également en place les opérations que Piaget nomme "infra-logiques",
visant à saisir la réalité de l'objet en lui-même plutôt qu'un ensemble
d'objets.
Ce
sont les mesures, quantifications et systèmes de relations concernant l'espace,
le temps, le mouvement et la vitesse.
Avant
l'âge de 7 ans, l'espace n'est
compris que de proche en proche ( espace topologique); à partir de 7-9 ans,
l'enfant accède à l'espace métrique et à l'espace projectif. Il recherche
une organisation d'ensemble reliant les éléments spatiaux entre eux : c'est la
construction de la droite projective, la découverte de la perspective et de la
projection.
Dès
9 ans, l'enfant conçoit la vitesse
comme étant le rapport entre l'espace parcouru et le temps.
Les
opérations logiques et infra-logiques sont des actions intériorisées qui
trouvent leur source dans le mouvement, la perception ou l'intuition.
L'enfant
produit d'abord des actions ( stade sensori-moteur), puis des actions intériorisées
(
stade symbolique) puis des opérations intellectuelles quand l'action est réorganisée
par la réflexion qui la rend réversible.
Ces
opérations se constituent en systèmes cohérents et logiques formant une
organisation totale. Aucune opération n'est isolée.
4ème
stade : le stade des opérations formelles de la pensée
Malgré
le déséquilibre propre à l'adolescence, ce stade constitue un état d'équilibre
supérieur à celui des opérations concrètes.
Contrairement
à l'enfant de 7 à 12 ans qui ne pense qu'un problème à la fois et se réfère
toujours au concret, l'adolescent se construit des systèmes abstraits, dénués
parfois de toute réalité. Il projette ses idées dans le futur et ces idées
sont parfois de véritables utopies.
Ce
mouvement s'instaure dès 12 ans par l'achèvement des opérations qui, d'abord
construites sur le plan concret entre 7 et 12 ans, deviennent hypothético-déductives,
cad que l'adolescent réfléchit avant d'agir et sans toujours avoir besoin de
se représenter mentalement les actions qu'il va effectuer. C'est le schéma
d'ensemble qu'il élabore en pensée.
Ex
: soit un problème ( test de Burt) :
n
Edith a
les cheveux plus foncés que Lili
n
Edith est
plus claire que Suzanne
n
Laquelle
des trois a les cheveux les plus foncés?
A
9 ans, l'enfant sait sérier des couleurs et pourtant il répond :
Edith
et Lili sont foncées
Edith
et Suzanne sont claires
donc,
Lili est la plus foncée, Suzanne est la plus claire et Edith est mi-claire
mi-foncée.
Ainsi,
sur le plan du langage, les sériations sont incomplètes et fausses, comme à
5-6 ans pour les sériations concrètes.
Vers
11-12 ans, les opérations accédant au monde des idées sur un mode verbal, le
jeune pose trois personnages fictifs A,B,C et déduit les conclusions à partir
d'hypothèses sur ces personnages. C'est une pensée au 2ème degré.
La
pensée concrète est une représentation d'actions possibles.
La
pensée formelle, une représentation de représentation d'actions possibles.
Les opérations sont transposées sur le plan verbal, cad des hypothèses ou
propositions. C'est la logique propositionnelle.
Les
acquisitions propres à ce stade sont la
combinatoire et le "groupe INRC".
La
combinatoire : par une dissociation de la forme et du contenu ( décrochage de
la pensée / aux objets), le jeune peut désormais construire n'importe quelles
relations ou classes en réunissant des éléments fictifs. C'est la
combinatoire, généralisation des opérations de classification et d'ordre.
La
combinaison d'objets
est une classification de classifications. Ex : cinq bocaux A,B, C, D, E
contiennent tous des solutions chimiques incolores. La question est de trouver
le mélange qui donnera un précipité jaune. Il y a 5! possibilités.
De
7 à 11 ans, l'enfant combine les bocaux 2 à 2, puis essaie la combinaison des
5. A partir de 12 ans, il élabore un système qui tienne compte de tous les cas
possibles : toutes les associations de 2, 3, 4 et 5 éléments.
Les
combinaisons propositionnelles sont des combinaisons d'idées ou d'hypothèses, sous la forme de négations,
d'affirmations et utilisation d'opérations propositionnelles. Ex :
n
l'implication
: si...alors
n
la
disjonction : soit l'un, soit l'autre, soit les deux
n
l'exclusion
: ou l'un ou l'autre
n
l'incompatibilité
: ou...ou... ou ni l'un ni l'autre
Le
groupe INRC ou groupe des deux réversibilités. C'est la synthèse de tous les
groupements. Il existe deux formes de réversibilité :
n
l'inversion
ou négation. L'inversion consiste, pour le bébé, à poser un objet devant lui
puis à l'enlever. De 2 à 7 ans, c'est dire "non", réunir un objet
à d'autres puis le retirer. A 7 ans, c'est la réversibilité opératoire. Dès
12 ans, c'est inverser, par exemple, une multiplication de classes ( suppression
de l'intersection) : les carrés bleus Þ
Qu'ils soient bleus ou non, ce sont toujours des carrés.
n
la
réciprocité
ou symétrie. Ex : pour A<B,
la réciproque est B>A.
La
fusion des deux formes de réversibilité donne un groupe de 4 transformations,
que Piaget nomme le groupe INRC.
I
: l'opération directe ou identique
N
: l'opération inverse ou négation
R
: l'opération symétrique ou réciprocité
C
: l'opération inverse de la réciproque ou corrélative
Au
stade opératoire formel, les opérations infra-logiques achèvent leur
structuration. Ainsi, les opérations spatiales font l'objet d'une coordination
plus complète.
4-
L'application de la théorie des stades au fonctionnement cognitif de l'adulte
Les
élèves de Piaget, confrontés aux modes de fonctionnement mental de l'adulte
et aux problèmes y relatifs, ont fait le lien entre la théorie des stades de développement
selon Piaget et l'intelligence adulte.
En
ce qui concerne la théorie de l'équilibration, elle reste vraie quelque soit
l'âge. Les schèmes, à tous âges, font l'objet d'activités d'assimilation et
d'accommodation.
Quant
à la notion de stade, elle permet surtout de repérer des conduites de plus en
plus structurées, que P. Vermersch a nommé "registres de
fonctionnement".
Tout
individu, de la naissance à l'âge adulte, passe successivement par chacun des
stades de développement et acquière progressivement les outils cognitifs, les
opérations mentales qui le font passer du registre sensori-moteur au registre
opératoire formel. Et chaque nouveau registre intègre les acquis afférents
aux registres précédents.
Ainsi,
l'adulte dispose de quatre registres de fonctionnement :
n
le
registre sensori-moteur ou registre de l'agi ( prégnance des actions)
correspondant aux acquis du stade sensori-moteur
n
le
registre préopératoire ou figural ( prégnance des perceptions) correspondant
au stade préopératoire
n
le
registre opératoire concret ( stade des opérations concrètes)
n
le
registre opératoire formel ( stade opératoire formel).
En
fonction de l'activité en cours, l'individu activera tel ou tel registre, selon
sa nouveauté, le degré de complexité de la tâche à effectuer...Et l'on peut
rencontrer chez un même individu une variété de modes de fonctionnement.
En
fait il existe une grande variation intra- et interpersonnelle quant à
l'utilisation des registres de
fonctionnement.
En
formation d'adultes, cette variation est à prendre en considération. Il faudra
autant que possible travailler dans le registre de fonctionnement de chaque
stagiaire.
Activité
Réaliser
une épreuve Piagétienne auprès d'enfants d'âges différents, afin de repérer
les stades de développement. Par exemple, l'épreuve des boulettes d'argile (
ou de pâte à modeler). On peut se référer au texte de Piaget tiré de "La Psychologie de l'intelligence".