LE
BEHAVIORISME : APPRENDRE PAR CONDITIONNEMENT
L'apprentissage
par associations a été décrit par le
modèle béhavioriste de l'apprentissage.
Nous
venons d'opposer ce modèle aux autres modèles. Il décrit les apprentissages
comme des conditionnements à des conditions particulières de l'environnement.
1-
Définition
Qu'est-ce
que le conditionnement?
C'est
l'acquisition d'une nouvelle conduite à la suite d'un entraînement
particulier. C'est la démarche par laquelle un individu essaie de s'adapter au
monde extérieur, qui est changeant.
Toute
action nouvelle doit être considérée comme le résultat d'un apprentissage
antérieur, dont l'individu aurait tiré les conséquences ou le bénéfice.
Il
convient toutefois de distinguer apprentissage et mémoire: les études sur
l'apprentissage portent davantage sur l'acquisition des comportements alors que
celles portant sur la mémoire concernent surtout la rétention et la réutilisation
de ces comportements appris.
2-
histoire d'un conditionnement
J.B.
Watson, l'un des défenseurs de la théorie du conditionnement, a voulu un jour
démontrer à la communauté scientifique que le conditionnement de l'être
humain n'est pas une méthode subversive, qui assujettit l'individu par une
sorte de "lavage de cerveau" (cf. les méthode des nazis ) .
Il
voulait surtout prouver que conditionner un individu n'est pas un phénomène
irréversible. Tout conditionnement peut être déconditionné.
Pour
que sa démonstration soit crédible, il a choisi une expérience exemplaire :
conditionner un enfant à avoir peur d'un rat. Et pour cela, il a choisi son
propre fils Albert, alors âgé de 18 mois.
Il
a d'abord procédé au conditionnement : tout conditionnement repose sur l'association entre deux éléments.
Ici, il a associé la présence du rat avec un bruit très désagréable, qui
consistait à claquer violemment deux barres métalliques derrière le dos de
l'enfant pendant que celui-ci jouait avec les rats du laboratoire de recherche
de son papa.
RAT+BRUIT
= PEUR
Il
a suffit de deux ou trois associations de ce type pour que l'enfant ait peur des
rats. On notera la rapidité avec laquelle s'installe ce conditionnement. De
plus, ce comportement appris d'évitement s'est généralisé à tous les éléments
se rapprochant de l'association initiale : l'enfant avait également peur des
chats, des chiens, des fourrures et des lainages un peu soyeux (ceci par ordre décroissant
du chat aux lainages ). C'est ce qu'on nomme la généralisation
du conditionnement.
Puis,
Watson a procédé au déconditionnement de la peur des rats.
Il
a mis au point une nouvelle association, à savoir associer la présence du rat
avec cette fois un élément (stimulus ) agréable : un petit goûter avec tout
ce que l'enfant aime manger.
RAT+GOUTER
= DETENTE
Toutefois,
ce type d'association nouvelle a dû être répété un grand nombre de fois. En
effet, ce n'est pas en un seul essai que l'on peut réduire durablement une peur
installée. De plus, l'on s'est aperçu que lors d'un déconditionnement à la
peur , si l'enfant se sent insécurisé à un moment ou à un autre, tout doit
être recommencé depuis le début.
Imaginons
le déconditionnement : tout d'abord, on ne peut faire plus de 2 petits goûters
par jour, sinon l'enfant va grossir.
Le
1er jour, on installe Albert à une table située dans un coin extrême
d'une pièce. Le rat, quant à lui est placé sur une autre table, dans un autre
coin de la pièce. Pour éviter que l'enfant ait peur, on place le rat dans une
cage avec un cadenas bien verrouillé sur la porte de la cage. On peut aussi,
dans un premier temps, mettre une couverture sur la cage afin que l'enfant ne
voit pas le rat.
Un
peu à la fois, au fil des jours, on pourra soulever puis retirer la couverture,
défaire progressivement le cadenas de la porte, ouvrir la cage, puis rapprocher
la table du rat jusqu'à ce qu'elle touche celle de l'enfant.
Mais
il ne faut qu'à aucun moment l'enfant n'ait peur, sinon tout est à recommencer
depuis le début.
+Et
progressivement, il n'aura plus peur des lainages. Puis il n'aura plus peur des
fourrures, ni des chiens, ni des chats et finalement non plus des rats.
Imaginez
le temps qu'il faut pour défaire un conditionnement qui n'aura pris que 2 ou 3
séances pour être appris !.
3-
Les divers types de conditionnement
Les
théories associationnistes sont issues des recherches en physiologie nerveuse
et considèrent plus ou moins que les apprentissages sont des associations
acquises, visant à réduire le tension que suscitent les besoins de
l'organisme.
Ces
théories ne sont valables que pour décrire des apprentissages élémentaires
mais ne peuvent rendre compte de l'acquisition de conduites complexes, notamment
les conduites de résolution de problèmes.
Examinons
plus en détail ces différentes théories associationnistes.
Les
théories du conditionnement
Un
conditionnement est l'ensemble des opérations associatives par lesquelles on
arrive à provoquer un nouveau comportement chez l'homme ou chez l'animal. Malgré
le terme de réflexe conditionné autrefois employé pour désigner le
conditionnement Pavlovien, il convient de distinguer nettement réflexe et
conditionnement.
Le
réflexe est un phénomène automatique, pré-cablé, qui se produit indépendamment
de la volonté. C'est une activité très localisée qui ne met pas en jeu
l'organisme tout entier. Le réflexe tient plus de la physiologie nerveuse que
de la psychologie.
Il
faut également distinguer conditionnement et apprentissage. En effet, tous les
apprentissages ne résultent pas d'un conditionnement. Certains peuvent se faire
par essais et erreurs, par observation ou selon les mécanismes complexes de l'équilibration...
Il
existe deux grands types de conditionnement :
le conditionnement classique ou répondant : le conditionnement Pavlovien
le conditionnement instrumental ou opérant.
Le
conditionnement classique
L'étude
des conditionnements est partie des recherches sur l'activité réflexe, avec la
notion pavlovienne (1927) de "réflexe conditionné".
La
technique consistait à rendre une réaction physiologique dépendante de
l'environnement extérieur : ainsi Pavlov a pu conditionner un chien à saliver
au son du métronome.
Avant
le conditionnement, le métronome (considéré comme un stimulus neutre, c'est
à dire ne provoquant pas de réaction ) ne provoque qu'une simple réaction
d'orientation du type tourner la tête vers le bruit. La salivation (réaction
inconditionnelle ) peut être induite par la vue de nourriture (stimulus
inconditionnel ). Cette réaction est inconditionnelle car elle se produit sans
qu'on n'ait besoin de conditions particulières pour la faire apparaître : elle
est inscrite dans l'organisation physiologique de l'animal.
Au
cours du conditionnement, l'on fait précéder la présentation de nourriture du
son du métronome. Et l'on constate qu'après quelques associations de ce type,
le métronome (devenu stimulus conditionnel : SC ) suffit à lui seul à
provoquer la salivation (devenue réponse conditionnée : RC ).
N.B.
: quelques précautions s'imposent pour mettre en place un tel conditionnement
:
1.
Vérifier
que le stimulus neutre (SN) est effectivement neutre.
2.
Vérifier
que le stimulus inconditionnel (SI) provoque bien la réponse inconditionnelle
(RI).
3.
Le SN
doit toujours précéder le SI.
4.
Le délai
entre le début du SN et le début du SI doit être très court, de l'ordre de
la ½ seconde.
Une
fois établi, un conditionnement peut, comme on l'a vu avec Albert :
n
s'étendre
à tous les stimuli du même type que le SC utilisé (généralisation ). Par exemple tous les sons se rapprochant du son
initial. On observera alors un gradient de généralisation en fonction du degré
de similitude du nouveau son avec le son initial.
n
ne pas s'étendre
aux stimuli s'éloignant trop du SC initial (discrimination ). Généralisation et discrimination sont deux
processus complémentaires.
n
ne plus
se manifester (extinction ). Cela se
produit si l'on présente plusieurs fois de suite le SC seul, sans qu'il soit
suivi du SI. Dans ce cas, il n'y a pas oubli du conditionnement mais seulement
inhibition de la RC par non renforcement.
n
Si après
un certain délai, on présente à nouveau le SC du conditionnement éteint, la
réponse peut de nouveau apparaître (récupération
spontanée ). Il s'agirait alors d'un "oubli" de l'inhibition-extinction.
Le
conditionnement instrumental
Il
diffère du conditionnement classique ou Pavlovien en ce sens que le sujet est
moins manipulé par l'expérimentateur. Il dispose d'instruments lui permettant
d'accomplir le comportement souhaité par l'expérimentateur. Par son
comportement, le sujet peut agir sur l'environnement.
Le
conditionnement instrumental fut étudié par Thorndike à la fin du siècle
dernier et affiné par Skinner (1938) qui lui donna le nom de conditionnement opérant.
Le schéma est du type :
R
[]
Rft
(réponse) (renforcement)
La
réponse constitue la condition d'obtention du renforcement, qui est en quelque
sorte la récompense suite à la réponse. Le renforcement quant à lui augmente
la probabilité d'apparition de la réponse, puisqu'elle est récompensée.
L'expérience classique de conditionnement opérant est celle du rat qui, dans
sa cage, peut à l'aide d'un levier, recevoir un peu de nourriture.
Cette technique a été à l'origine des premières "machines à enseigner", ancêtres des ordinateurs, utilisant des techniques de programmation à des fins d'apprentissage scolaire.
Elle
a également servi de base à l'établissement des thérapies comportementales où
l'accent est mis davantage sur le comportement perturbé d'un malade que sur son
dysfonctionnement psychique.
Ce
courant de recherche issu des travaux de Skinner porte le nom de béhaviorisme,
tiré du terme anglais "behavior" qui signifie comportement. Il ne
considère que les faits observables des comportements que sont le stimulus et
la réponse. Ce qui se passe à l'intérieur de l'organisme (pensée, états émotionnels
) est ignoré.
La
pédagogie par objectifs (P.P.O. ) s'est aussi inspirée du béhaviorisme.
Activité
En
travaillant si possible à plusieurs, tentez de répondre aux questions
suivantes :
n
On dit
que la publicité nous conditionne. Est-ce vrai?
n
Si oui,
de quelle manière?
n
Peut-on
conditionner quelqu'un contre sa volonté? Comment?
n
L'éducation
et la publicité utilisent-elles le même type de conditionnement?
n
Un
conditionnement est-il éternel? Peut-il disparaître?
n
Peut-on
tout conditionner chez l'être humain? Le conditionnement est-il dangereux,
utile?
n
Dans quel
cas et pour quels apprentissages le conditionnement peut-il s'avérer être une
technique intéressante?