LES SEPT
MODELES D'APPRENTISSAGE
Le constructivisme
Tout
d'abord le modèle constructiviste de
jean Piaget. Il convient de le citer en premier car cette théorie est celle
qui explique le mieux (malgré quelques imperfections ) le mécanisme de
l'apprentissage.
Selon
J. Piaget, on apprend en agissant sur les choses et les gens qui nous entourent.
Et selon ce qui se passe suite à notre action, on en tire des lois sur la
structure de notre environnement, sur le fonctionnement social et sur la forme
à donner à nos actions.
Dans
sa théorie de l'équilibration, Piaget définit l'unité de base de
l'apprentissage : le schème.
Les schèmes ne sont au début de
l'existence d'un individu que de simples réflexes, de simples programmes
d'action.
Par
exemple, le schème de succion ou le schème de préhension.
Nous
incorporons un peu à la fois de plus en plus d'objets à ces schèmes (prendre
le biberon dans sa main, prendre un bout de drap, prendre son jouet...).
C'est
le mécanisme d'assimilation
(incorporation ), qui étend un peu à la fois notre action à un nombre
croissant d'objets et de situations , et donc qui étend notre emprise sur le
monde.
Mais
les choses ne se laissent pas prendre n'importe comment. Certaines doivent être
prises avec vigueur, d'autres avec douceur.
Ainsi,
au contact des choses, nous apprenons à modifier nos actions - nos schèmes -
pour les rendre plus performants.
C'est
le mécanisme d'accommodation.
Ce
double mécanisme d'assimilation-accomodation , que Piaget nomme
équilibration, est central car il permet d'expliquer le mécanisme de
transfert d'apprentissage, à savoir : comment, face à une situation nouvelle,
nous utilisons ce que nous savons déjà (ou ce que nous savons déjà faire )
en le modifiant et en l'adaptant à une situation nouvelle.
Petit
à petit, par le jeu de l'imitation, qui se produit de façon de plus en plus éloignée
du modèle à imiter (imitation différée ), nos schèmes d'actions deviennent
des schèmes de pensée, de représentations d'actions passées.
La
représentation mentale organise alors et structure nos schèmes pour les
transformer en opérations mentales.
Donc,
pour Piaget, c'est par l'action que nous apprenons et que nous construisons
notre représentation du monde (reconstruction, à un niveau mental, de notre
milieu ).
L'interaction
entre l'individu et son milieu est également un facteur important
d'apprentissage.
Le béhaviorisme
Un
deuxième modèle important d'apprentissage est le béhaviorisme avec Watson et Skinner.
Ce
modèle insiste encore davantage sur les interactions entre l'individu et son
milieu. Mais au lieu de parier sur l'autonomie de l'apprenant et sur l'action
personnelle, il met surtout l'emphase sur les conséquences du comportement.
Ce
qui compte pour Skinner, ce sont les "contingences de renforcement",
c'est à dire le type d'interaction entre l'individu et son environnement et le
bénéfice que l'individu peut en tirer.
Si
une action donnée a des conséquences bénéfiques, elle va s'installer de façon
durable .
Si
ses conséquences sont néfastes, elle disparaîtra dans le répertoire de
comportements de l'individu.
Ainsi
sont sélectionnés les comportements efficaces sur le milieu et ainsi évoluent
progressivement les individus.
Le
rôle du formateur est donc de mettre en place des contingences de renforcement
qui installent durablement des apprentissages, en évitant à l'apprenant de
prendre de "mauvaises habitudes".
Le
courant béhavioriste a donné naissance aux premières machines à enseigner et
a servi de modèle de base à la pédagogie par objectifs (P.P.O.); le but étant
de poser à priori les comportements à apprendre, ceci par étapes successives
et bien coordonnées. On voit là encore le rôle important donné à l'action.
Toutefois cette conception de l'apprentissage favorise l'hétéronomie : ce
n'est pas l'apprenant qui construit son savoir de façon autonome. C'est le
formateur qui programme tout.
L'apprentissage social
Un
troisième modèle est celui de l'apprentissage
social d'A. Bandura.
Ce
modèle s'oppose aux deux précédents en ce sens qu'il énonce qu'on peut
apprendre autrement que par l'action sur l'environnement, simplement en
l'observant.
L'emphase
est mise sur la dimension sociale des apprentissages et sur l'influence
qu'exercent sur nous certains modèles, par le processus d'identification.
Cette
identification peut s'exercer à différents niveaux : entre vouloir "faire
comme" et vouloir "être comme", il y a une marge.
De
plus, les modèles peuvent ne pas être des personnes, mais des modèles
symboliques : médias divers, schémas, graphiques, notices d'utilisation ...
Ce
que veut dire A. Bandura, c'est qu'on ne peut pas apprendre uniquement par la
conséquence de nos actions sinon ce serait dans certains cas dramatique.
Par
exemple dans le cas de la formation des infirmières aux piqûres intraveineuses
ou la formation des chirurgiens à la transplantation cardiaque.
Mieux
vaut observer soigneusement un modèle avant de "se faire la main".
Toutefois,
si Bandura affirme que l'effection n'est pas toujours nécessaire dans
l'apprentissage, il reconnaît qu'un certain taux d'activité est cependant
indispensable pour apprendre.
Cette
activité est surtout mentale et s'exerce par l'intermédiaire de quatre
sub-processus :
1-
l'attention
sélective : l'apprenant n'est pas passif . Il observe le modèle par
exploration active, sélectionnant les données utiles à retenir et laissant de
coté ce qui ne lui servira pas (exemple : la couleur des yeux du modèle, les tâches
d'encre ou de salissure d'un schéma...).
2-
la rétention
des informations tirées du modèle. Cela suppose un autre type d'activité : le
codage, la transcription symbolique de ce qui a été perçu en fonctions des
catégories de classement et des opérations mentales dont dispose l'apprenant.
3-
la
motivation par auto-renforcement ou par renforcement vicariant qui est l'effet
sur l'apprenant des résultats des
actions du modèle sur le modèle lui-même. Par exemple, si l'on se rend au
distributeur automatique de café, on observera si la personne placée avant
nous obtient du café après avoir mis une pièce de monnaie dans le
distributeur. Si c'est le cas , alors on saura que l'on a des chances d'obtenir
aussi du café au distributeur. On aura profité des résultats de l'action
d'une autre personne et repéré les indices de satisfaction de cette personne.
L'auto-renforcement est aussi un phénomène actif de prise de décision en
fonction d'un but fixé et de l'écart entre le résultat attendu et le résultat
obtenu
4-
la
performance : finalement, l'action-effection se produira bien à un moment donné.
Rien ne sert d'observer et de mémoriser les actions ou schémas d'un modèle si
ce n'est pour les reproduire et s'en servir ultérieurement. Donc, s'il peut y
avoir apprentissage sans effection immédiate, le but ultime est quand même
l'action même si elle est différée. Sinon, au bout d'un certain temps,
l'oubli s'installe.
Le socio-constructivisme
Un
quatrième modèle fait la synthèse des aspects sociaux, défendu par Bandura
et des modèles centrés sur l'action de l'apprenant et ses conséquences sur
l'apprentissage (Piaget et Skinner ).
Il
s'agit d'un courant relativement récent défendu par W. Doise, G Mugny et A.N.
Perret-Clermont, à savoir la psychologie
sociale génétique ou socio-constructivisme.
Ces
auteurs mettent en évidence un mécanisme particulier favorisant
l'apprentissage : le conflit
socio-cognitif.
Un
conflit socio-cognitif se produit entre deux ou plusieurs apprenants, ou entre
un apprenant et un formateur, chaque fois que ceux-ci, face à une tâche donnée,
confrontent leurs différents points de vue.
Chaque
fois que la confrontation est acceptée et assumée, il en résulte un progrès
pour les différents partenaires de la tâche à accomplir.
Donc,
ce qui est important, c'est :
n
d'agir
n
ensemble
n
en
confrontation
n
mais sans
agressivité sinon il y a échec
Ce
mécanisme a été mis en évidence chez l'enfant dans des activités Piagétiennes
mais également chez l'adulte à propos du jugement moral. Ceci a permis de définir
le type très spécial de conflit propice à l'apprentissage.
Le modèle médiationnel
Un
cinquième modèle insiste également sur les aspects sociaux de l'apprentissage
et tout particulièrement sur le rôle du formateur.
C'est
le modèle médiationnel du soviétique
L. Vygotsky, dont les idées ont été reprises et développées par l'américain
J. Bruner (élève de Vygotsky et de Piaget ) et appliquées par R. Feuerstein
dans son programme d'enrichissement instrumental (P.E.I.).
Selon
ces auteurs, tout être humain a besoin, pour apprendre et se développer, d'un
guide (lui aussi humain ) qui lui explique le monde et les choses. Cela se passe
tout d'abord dans la petite enfance par l'intermédiaire des parents qui
organisent l'environnement de l'enfant de façon à ce qu'il n'y ait autour de
lui que des choses à sa portée et à son niveau de développement du moment.
Ils
s'arrangent pour que les situations dans lesquelles se trouve l'enfant présentent
pour lui une petite difficulté à résoudre. Cela lui permet de grandir sans
jamais se décourager face à l'obstacle.
Ainsi
les parents jouent le rôle de médiateur entre l'enfant et son milieu en lui
proposant une gradation d'obstacles franchissables.
Pour
Vygotsky et ses successeurs, ce rôle n'est pas seulement celui des parents mais
également de tout éducateur ou formateur qui, par une bonne connaissance du
niveau de développement de ses élèves s'arrange pour travailler avec chacun
dans sa zone de développement proximal.
Vygotsky
définit cette zone de proche développement comme l'écart entre le niveau de développement
actuel de l'apprenant et son niveau potentiel.
Donc,
pour bien apprendre, il faut un médiateur, un facilitateur d'apprentissage et
il faut aussi des obstacles organisés selon une gradation qui maintienne
toujours la motivation de l'apprenant par l'accessibilité de ces obstacles.
C'est
l'envie de dépasser l'obstacle qui est le moteur de l'apprentissage.
La théorie de la motivation humaine
Cela
nous mène à un sixième modèle qui privilégie totalement le rôle de la
motivation dans l'apprentissage.
C'est
la théorie de la motivation humaine de J. Nuttin.
Sa
conception cognitiviste fait de la motivation non pas un aspect purement
affectif de l'apprentissage mais bien plus l'essence même de l'acte
d'apprendre.
Chaque
fois qu'une personne se trouve face à un obstacle, à un manque, à un besoin,
elle est amenée à formuler un projet qui s'assortit automatiquement d'un éventail
de moyens pour atteindre ce but et réaliser ce projet.
Bien
entendu, il est nécessaire que les moyens soient adaptés au but poursuivi, d'où
la présence d'un formateur-guide auprès de l'apprenant et qui l'aidera à
atteindre son but d'une manière adaptée.
Le cognitivisme
Le
septième modèle est celui du courant
cognitiviste. Il accorde une place de choix à l'activité mentale et tente
de construire des modèles du fonctionnement mental de l'apprenant, en utilisant
des métaphores pour mieux décrire les processus en question.
Ainsi,
le modèle computo-symbolique compare le fonctionnement cérébral à celui d'un
ordinateur. Le modèle connexionniste compare l'activité cérébrale à celle
d'un réseau neuronique.
Ainsi,
chacun des sept modèles met l'accent sur un aspect particulier de
l'apprentissage et, selon nos conceptions personnelles et le type de public que
nous côtoyons dans nos actions de formation, nous nous rapprochons plus ou
moins de l'un de ces modèles.
S'il
fallait les comparer voire les opposer, une distinction serait à faire entre le
2ème modèle ( le béhaviorisme) et tous les autres. La différence
est d'importance car le modèle béhavioriste se veut une approche très
descriptive du comportement humain.
A
ce titre, elle ne s'intéresse qu'aux
comportements observables directement. Les états mentaux ne sont pas censés
faire partie de son champ d'étude car on ne peut "voir" ce qu'un
individu pense. On ne satisferait pas au critère d'objectivité du béhaviorisme
en étudiant des mécanismes non vérifiables et dont la description serait
laissée au bon vouloir de celui qu'on est censé observer.
|
courant |
constructivisme |
béhaviorisme
/
associationnisme |
apprentissage
social |
psychologie
sociale génétique |
courants
médiationnels |
théorie
de la motivation humaine |
cognitivisme |
|
initiateur |
Piaget
|
Skinner
Watson
Pavlov |
Bandura |
Doise Mugny Perret-Clermont |
Vygotsky Bruner |
Nuttin |
Newell
et Simon Richard,Anderson |
|
origine |
Suisse |
USA |
USA |
Suisse |
CEI,
USA |
Belgique |
USA,
France |
|
époque
d'origine |
1920 |
1938 |
années
70 |
1974 |
1919
et + |
1980 |
1972,
1975 |
|
principes |
On
apprend par l'action Autonomie
de l'apprenant |
On
apprend par les conséquences de nos actes Influence
du milieu Hétéronomie
de l'apprenant |
On
apprend en imitant des modèles Importance
de l'identification Déni
de l'action |
On
apprend en se confrontant aux pairs |
L'apprentissage
tire sa source de l'interaction sociale Importance
du langage |
L'apprentissage
est avant tout gouverné par un projet |
On
acquière des connaissances en traitant de l'information |
|
notions |
équilibration assimilation accommodation schèmes,
opérations |
Contingences
de renforcement Stimulus
- réponses Boite
noire ( ignorée) |
Apprentissage
par observation Attention
sélective Renforcement
vicariant |
Conflit
socio-cognitif Marquage
social |
Zone
de proche développement Médiation Etayage |
Formation
de but Formation
de projet Adéquation
moyens/buts |
Représentations
Résolution
de problèmes |
|
applications |
Educabilité
cognitive |
Enseignement Programmé Pédagogie par
objectifs |
Etude
des modèles agressifs à la TV |
Apprentissage
coopératif |
Remédiation
cognitive Apprentis-sage
coopératif |
Formation
individualisée |
Intelligence
artificielle |
Activité
:Témoignages
d'apprentissages
A
travers cette description des différentes façons d'apprendre, vous avez sans
doute évoqué mentalement des situations passées d'apprentissage où le
formateur exploitait plus particulièrement telle ou telle manière d'apprendre.
Choisissez deux exemples correspondant à deux des 6 modèles d'apprentissage.
Décrivez
le tout en 3 ou 4 pages.