QU'EST CE QU'APPRENDRE ?  

Tout formateur d'adultes, ayant le désir d'aider ses stagiaires à apprendre de façon durable et désirant comprendre comment se mettent en place leurs apprentissages, interrogera le psychologue d'éducation sur le concept d'apprentissage.

Ce concept a été défini dans le champ de la psychologie cognitive, branche de la psychologie qui s'intéresse à la manière dont l'intelligence humaine acquiert des connaissances (cognitio en latin).

 

Un peu d'histoire...

La psychologie cognitive est apparue de façon tardive dans le développement de la science psychologique.

La psychologie est aussi ancienne que l'homme. Elle est l'interrogation sur la vie.

Mais elle n'existe vraiment comme objet d'étude que depuis trois siècles: en 1690, Wolff parle de "psychologia rationalis" . C'était la science de l'âme, branche de la philosophie cherchant à "pénétrer les âmes" . Il reste de cette époque une représentation erronée de la psychologie qui est encore perçue parfois comme une démarche consistant à épier  les individus.

 

La naissance de la psychologie scientifique s'est faite avec difficulté.

Notamment, il a fallu très vite délimiter les champs respectifs de la physiologie et de la psychologie.

En effet, on reconnaît le cerveau comme organe de la pensée et on l'étudie dans son mode de réaction (perceptions, sensations, mouvements ), mais aussi dans sa composition cellulaire et neurophysiologique (anatomophysiologie ).

 

En fait, l'autonomisation de la psychologie revient sans doute à Fechner (1860). En recherchant l'équation entre l'âme, diffuse dans tout l'univers, et la matière, il introduit les premières mesures en psychologie: il essaie de déterminer quelle est la plus petite stimulation perceptible par l'organisme (un son ) et la plus petite différence perceptible entre deux stimulations: c'est la mesure des seuils sensoriels.

Puis vient Wundt (1870). Il introduit une différence de niveau entre la sensation (par exemple une brûlure, sensation de douleur) et la perception (prise de connaissance par l'individu de l'origine de cette douleur).Mais pour ce faire, Wundt utilise la méthode de l'introspection (interrogation de la personne sur ses états d'âme ). Sa méthode ne permet d'étudier que des mécanismes élémentaires, mais n'est pas adaptée à l'étude des processus supérieurs d'adaptation  que sont l'intelligence , la mémoire, l'apprentissage, processus dont la personne n'a pas toujours conscience et qu'elle ne peut par conséquent pas décrire.

 

Pour cette raison, les successeurs de Wundt ont réagi, en étudiant expérimentalement les processus supérieurs. Parmi eux Galton et Ebbingaus, dans les années 1880 et les suivantes. De même le français Binet, qui étudie la mémoire et l'intelligence, vers 1895.

En réaction aux méthodes artificielles d'Ebbingaus (étude de la mémoire à l'aide de listes de syllabes sans signification ), il étudie la mémoire dans les conditions les plus naturelles possibles, notamment dans les écoles. C'est là qu'il s'emploiera à l'étude de l'intelligence, en remplaçant les anciennes études céphalométriques (étude des dimensions de la boîte crânienne ), par une "échelle" faite de petites épreuves tirées de la vie courante (nommer des couleurs, compter...).

 

Ensuite est apparue la nécessité d'étudier la psychologie humaine comme un tout et non comme une série de processus juxtaposés (mémoire, perception, intelligence...).

Cette préoccupation débouche sur la création d'écoles, notamment la Gestalt (psychologie de la forme).

Son principe est le suivant: ce dont l'individu prend connaissance quand il perçoit ou quand il apprend, c'est une forme générale qui est plus que la somme des éléments qui la composent. C'est un tout dont la signification se transforme complètement si l'on change l'un de ses constituants.

Ainsi, on étudie comment ses formes s'organisent, changent, se détachent du fond sur lequel elles apparaissent.

 

Une autre réaction à la méthode d'introspection a donné naissance à une autre école : l'associationnisme de Pavlov (1849-1936), physiologiste russe qui veut instaurer une plus grande objectivité des recherches en psychologie par l'étude des réflexes conditionnés.

Lorsqu'on associe un excitant quelconque (son ) à l'excitant naturel d'un réflexe (nourriture ), cet excitant quelconque suffit, au bout d'un certain temps, à provoquer le réflexe (saliver ).

L'étude des réflexes conditionnés a conduit à mieux comprendre comment l'humain s'adapte aux conditions de vie dans lesquelles il se trouve.

Il se sert des signaux que constituent les excitants (ou stimuli ) pour prévoir ce qui va se passer.

Les signaux les plus adaptés sont ceux du langage, offrant à l'individu des renseignements sur ce qui l'entoure, sans être obligé d'en faire lui-même l'expérience.

 

Toujours en réaction à l'introspection et dans la droite ligne de l'associationnisme, apparaît l'école béhavioriste (behavior = comportement ), fondée par Watson en 1913.

Le béhaviorisme, comme son nom l'indique, est l'étude des comportements humains. Elle se limite à l'étude des manifestations observables du comportement humain.

Ainsi, en observant comment se comporte un individu dans divers types de situations, on peut prévoir le type de réaction que provoque tel ou tel événement.

On procède ainsi à une étude objective de la psychologie... Mais comment alors étudier ce qui n'est pas directement observable, la pensée notamment ?

 

Plus proche de nous, dans les années 1940, la psychologie expérimentale s'intéresse à des processus plus complexes. Fraisse, Piaget, Piéron et bien d'autres veulent tendre vers une objectivité toujours plus grande. Il s'inspirent de la méthode expérimentale de Cl. Bernard, faisant varier un élément précis d'une situation en maintenant constants les autres éléments. On retrouve ici la psychologie des facultés, qui étudie séparément chacune des facultés mentales qui composent le psychisme humain : mémoire, intelligence...

 

Actuellement, la psychologie cognitive, à la suite de Miller (1972), considère le fonctionnement mental comme un tout où chaque processus est connecté aux autres. Ainsi, les connaissances s'élaborent grâce au fonctionnement conjoint de la perception, du raisonnement, des mécanismes de résolution de problèmes.  

 

Qu'est-ce qu'apprendre?

Apprendre, c'est acquérir de nouvelles conduites et de nouvelles représentations d'objets permettant d'agir sur notre milieu ambiant et de s'y adapter toujours davantage. C'est aussi transformer progressivement la représentation que nous avons de notre milieu.

 

Les théories de l'apprentissage sont nombreuses. Elles peuvent être distinguées selon les courants de pensée historiques de la psychologie: associationnisme, béhaviorisme, psychologie de la forme (Gestalt ), psychanalyse, cognitivisme.

 

Elles peuvent aussi être distinguées par des théories complexes centrées plus spécifiquement sur les mécanismes d'apprentissage : théories du conditionnement, de la médiation, de l'information, de l'équilibration.

 

Actuellement, on tend surtout à opposer les modèles associationnistes (béhavioristes ) aux modèles cognitivistes.

Parmi les premiers, les théories du conditionnement; les seconds se référant à la théorie de l'information, de l'équilibration, de la médiation ainsi, entre autres, que la psychologie socio-cognitive.

 

L'activité d'apprentissage est l'un des principes fondamentaux de notre existence. Si nous cessions d'apprendre (ce qui est impossible ) très vite nous serions condamnés à l'isolement ou à la dépendance, voire à la mort.

 

Bien sûr, il faut distinguer deux types d'apprentissage :

n     les apprentissages naturels et quotidiens. Ex : apprendre à se servir correctement d'un pinceau sans mettre autant de peinture sur soi que sur la porte que l'on veut peindre.

n     les apprentissages intentionnels, organisés dans les écoles et les centres de formation.

 

Les apprentissages naturels durent toute la vie; les apprentissages délibérés n'en sont pas encore là mais deviennent de plus en plus nécessaires dans leur continuité.

 

Même si la psychologie de la formation s'intéresse surtout aux apprentissages intentionnels, il nous faut préciser que les mécanismes, le processus même d'apprentissage est identique à la fois dans la vie courante et en centre de formation.

Ce qui peut différer entre ces deux types d'apprentissage, c'est que dans les apprentissages intentionnels, on exploite rarement toutes les lois de fonctionnement d'un apprentissage. On en sélectionne quelques unes en fonction de la conception que l'on se fait de l'acte d'apprendre.

Cette conception repose sur des choix personnels du formateur et/ou institutionnels .


 
  • Exercice 1