Pédagogie / Andragogie
La pédagogie peut être définie comme l’ensemble des principes et méthodes ayant pour visée de faire apprendre. Elle renvoie à une réflexion globale sur l’action éducative. Elle envisage toutes les variables intervenant dans le processus enseignement / apprentissage.
Le terme Pédagogie vient du grec paid : enfant et agogos : guide
L’andragogie est présentée comme une démarche d’enseignement qui par définition tient compte des caractéristiques propres de l’adulte apprenant.
Le terme Andragogie vient du grec andros : homme[1] et agogos : guide
L’andragogie « art d’enseigner aux adultes » s’est définie en opposition à la pédagogie « art d’enseigner aux enfants et aux adolescents » et s’en distingue donc point par point. L’opposition repose sur le principe selon lequel l’adulte qui apprend est un être spécifique, différent de l’enfant et donc l’andragogie est une pratique d’enseignement spécifique, différente de la pédagogie.
La question posée est :
Peut on faut il utiliser les mêmes méthodes ; peut on faire ou faut il faire les mêmes choix pédagogiques quand on s’adresse à des enfants et quand on s’adresse à des adultes ? Y a-t-il chez l’adulte des spécificités qui orientent ou peuvent orienter les choix pédagogiques ? Le formateur doit il forger de nouvelles méthodes qui constitueraient l’andragogie ?
Les origines de l’andragogie
La question de la formation des adultes n’est pas neuve.
Pour des pédagogues de l’antiquité (Confucius, des prophètes hébreux, Aristote, Platon, Cicéron,…), la formation était un processus d’investigation active et non de réception passive d’un contenu. Plusieurs dispositifs pédagogiques ont été développés pour faire participer activement leur public. Les chinois et les Hébreux inventèrent la « méthode des cas » (décrire des situations posant problème, trouver par l’analyse des solutions satisfaisantes) ; les Grecs inventèrent les dialogues maïeutiques (poser des questions pour guider la réflexion) ; Les Romains prônaient la méthode des défis (affirmer une position et la défendre en argumentant).
Lindeman a établi, dans The meaning of adult education (1926), les fondements d’une approche méthodologique de l’éducation des adultes. « L’éducation des adultes sera envisagée sous l’angle des situations et non des programmes. Dans le système pédagogique traditionnel, c’est l’inverse, les principaux acteurs sont les programmes et les enseignants, les élèves n’étant que des éléments secondaires. …Le programme de formation pour adultes est conçu autour des besoins et des centres d’intérêt de ce dernier. Toute personne adulte se trouve confrontée, que ce soit dans son emploi, ses loisirs, sa vie familiale, sa vie au sein d’une communauté ou autres, à des situations dans lesquelles elle doit faire un effort d’adaptation….. L’expérience des apprenants est l’élément clé de l’éducation des adultes. Si l’apprentissage, c’est la vie, alors la vie est également source d’apprentissage.»
Quand les écoles publiques sont apparues au milieu du 19ème siècle, le modèle dominant était celui de l’inculcation de croyances, d’obéissance (selon les principes religieux) ; l’enseignant (ou sa hiérarchie) décide de ce qui sera appris et des modalités.
Des chercheurs et formateurs intervenant auprès d’adultes ont récusé ce principe du fait que les adultes sont profondément différents des enfants, tant sur le plan biologique (est en âge de se reproduire), juridique (responsable de ses actes) que psychologique (celui qui a conscience de sa responsabilité).
Le concept d’adulte apprenant s’est développé plus spécifiquement à la fin des années soixante et c’est à partir de ce concept que s’est forgé le mouvement de l’andragogie.
L’andragogie
Comme on vient de le voir, l’andragogie repose sur le constat que les adultes sont profondément différents des enfants. Lindeman (1926) a explicité ces caractéristiques.
Les caractéristiques des adultes :
- le besoin de savoir : les adultes sont motivés pour une formation lorsqu’ils se découvrent des besoins et centres d’intérêts qu’ils pourraient satisfaire grâce à cette formation. Le premier devoir de l’enseignant est d’aider l’apprenant à prendre conscience de son besoin d’apprendre.
- Le concept de soi chez l’apprenant : Les adultes ont conscience d’être responsables de leurs propres décisions et de leur vie. Ils aspirent profondément à se déterminer eux-mêmes. Le rôle de l’enseignant est d’amorcer ce processus d’investigation qui soit un échange plutôt qu’une transmission de connaissances.
- Le rôle et l’expérience de l’apprenant : l’expérience est le plus grand facteur d’apprentissage des adultes, elle est constructive de l’identité même de la personne. Les différences individuelles apportent au groupe le richesse et la spécificité de chaque individu.
- La volonté d’apprendre : le mode d’apprentissage des adultes est centré sur la réalité, ils orientent leur apprentissage autour de la vie (ou autour d’une tâche ou un problème). C’est pourquoi la formation doit être conçue autour de situations réelles. Les compétences et connaissances doivent viser à mieux affronter les situations réelles.
- La motivation : les adultes sont sensibles à des motivations extérieures, mais ce sont les pressions intérieures qui sont le plus grand facteur de motivation (désir d’accroître sa satisfaction personnelle, estime de soi, qualité de vie, …)
Pédagogie versus Andragogie
Malcolm Knowles conçoit un modèle andragogique comme antithèse du modèle pédagogique traditionnel (The Adult Learner : a neglected species 1973 traduit en français L’adulte apprenant 1990 Ed Organisations).
Le modèle pédagogique traditionnel (selon Malcolm Knowles):
- Les apprenants ont seulement besoin de savoir qu’ils doivent apprendre ce que le professeur leur enseigne s’ils veulent réussir et progresse : ils n’ont pas besoin de savoir comment ils pourront utiliser ces acquis dans leur vie.
- Le concept que l’enseignant a de l’apprenant est celui d’un être dépendant.
- L’expérience de l’apprenant est peu utile à l’apprentissage. Ce qui compte, c’est l’expérience de l’enseignant, de l’auteur du manuel et du réalisateur des supports audiovisuels.
- La volonté d’apprendre des apprenants n’existe que s’ils souhaitent réussir et progresse.
- La formation est un moyen d’acquérir des connaissances sur un sujet donné, par conséquent l’apprentissage est organisé selon la logique du contenu de ce sujet.
- La motivation des apprenants est stimulée par des signes extérieurs comme les notes, l’approbation ou la désapprobation du professeur ou les pressions parentales.
Le modèle de l’andragogie
- Les apprenants ont besoin de savoir pourquoi ils doivent apprendre quelque chose avant d’entreprendre une formation. Le rôle de l’enseignant est d’aider l’apprenant à prendre consciences de son besoin d’apprendre et d’expliquer aux apprenants que la formation vise à améliorer leur efficacité et leur qualité de vie.
- Les adultes ont conscience d’être responsables de leurs propres décisions et de leur vie. Ils ont besoin d’être vus et traités par les autres comme des individus capables de s’autogérer.
- Les adultes arrivent dans une formation avec de l’expérience. Leur identité s’est constituée à partir de leur expérience, ne pas la prendre en compte c’est les rejeter en tant que personne.
- Les adultes ont la volonté d’apprendre si les connaissances et les compétences nouvelles leur permettent de mieux affronter des situations réelles.
- Les adultes orientent leur apprentissage autour de la vie, d’une tâche ou d’un problème. Ils sont disposer à investir de l’énergie pour apprendre seulement s’ils estiment que cela les aidera à affronter cette situation.
- Si les adultes sont sensibles à des motivations extérieures (meilleur emploi, salaire, promotion…) ce sont les pressions intérieures qui sont le plus grand facteur de motivation.
Le modèle de l’andragogie comprend 6 impératifs :
- instaurer un climat propice à l’apprentissage en tenant compte de l’environnement physique, de l’environnement humain et interpersonnel et du climat de l’organisation.
- Créer un mécanisme de planification afin que personne ne se sente mis à l’écart de toute décision ou activité qui semble leur être imposée sans qu’ils aient une chance de pouvoir l’influencer.
- Diagnostiquer les besoins d’apprentissage qui permettent de construire un modèle et d’évaluer les disparités.
- Formuler les objectifs du programme.
- Mettre le programme sous évaluation : évaluation de la réaction – évaluation de l’apprentissage – évaluation du comportement - évaluation des résultats.
Critique du modèle de l’andragogie
Peut on parler d’une pédagogie des adultes et d’un modèle pédagogique alors qu’il existe des pédagogies avec des méthodes, pratiques et démarches très diverses aussi bien en formation d’adultes qu’en enseignement scolaire ?
La distinction entre un modèle pédagogique connoté négativement et un modèle andragogique valorisé positivement ne peut s’appuyer que sur une conception négative de l’enfance qui ne tient pas compte des travaux contemporains en Psychologie et en Sciences de d’Education . Ces travaux montent qu’au contraire, l’enfant présente effectivement bon nombre de caractéristiques attribuées à l’adulte uniquement comme le besoin de savoir, le concept de soi, la volonté d’apprendre,…
S’il est indéniable qu’il existe des différences entre adulte et enfant, chacun arrive avec son histoire, ses habitudes, ses valeurs, son projet/ les environnements externes et interne sont autant à prendre en compte chez l’adulte que chez l’enfant.
Cependant la démarche andragogique a permis de faire évoluer les conceptions des apprentissages et la perception tant de l’adulte en formation que de l’enfant en enseignement scolaire. Cette approche a renforcé la nécessaire prise en compte du contexte d’apprentissage et l’intérêt de s’appuyer sur les environnements socioprofessionnels des apprenants comme supports à l’acte d’apprendre.
[1] Le terme andragogie paraît impropre puisque andros signifie homme en opposition à femme