I - Complexité de la formation et formation à la complexité

Intervenir dans le domaine de la formation, en "reliance", entre l'action et ses contextes, nous invite à réfléchir à une nouvelle forme d'entendement : l'intelligence de la complexité. Cela vaut pour les politiques, les ingénieries, les recherches scientifiques, les créations artistiques et toutes les actions professionnelles attentives à "restaurer les solidarités entre les phénomènes". Ainsi, les penseurs et les acteurs : politiques, ingénieurs, chercheurs, enseignants, formateurs..., de nos institutions telles que l'école, la famille, l'entreprise, la justice, l'art, la santé, le travail social, l'architecture..., sont-ils concernés au premier chef par la complexité de la formation et par la formation à la complexité.
Ces intentions sont confortées par la prise de position du CNRS dans son projet d'établissement 2001, qui suggère de "s'attacher à la complexité"..., et à la "modélisation qui se construit comme un point de vue pris sur le réel à partir duquel un travail de mise en ordre, partiel et continuellement remaniable, peut être mis en oeuvre"... Dès lors, il s'agit d'adapter nos modèles d'interventions "dans les affaires humaines" (H. A. Simon), par des formes intelligentes de modélisation qui reconnaissent la complexité des situations.

Certes, nous savons depuis longtemps transmettre et appliquer des savoirs et/ou des modèles faits par d'autres, avant et ailleurs. Cependant, la formation, son ingénierie et la recherche, ne sauraient se réduire à une classique et standard méthodologie qui prévoit, découpe et sépare ; comme ce fut le cas depuis trois siècles pour la formation à l'Analyse simplificatrice fondée sur les quatre préceptes du "Discours de la Méthode". Tout cela nous invite à de multiples ressourcements épistémiques et à des stratégies d'interventions renouvelées, combinatoires et inventives.
Dans cette perspective, ces nouvelles formes d'entendement qui s'expriment par la modélisation systémique peuvent constituer une alternative. Il s'agit d'apprendre à concevoir et à construire des "modèles-artefacts" faits de symboles par lesquels nous tentons de comprendre intelligiblement les situations diverses dans lesquelles nous intervenons ; il s'agit aussi de nous former pour appréhender la complexité de la formation.

Aussi convient-il d'interroger nos systèmes de formation, d'ingénierie, de recherche..., qui peuvent contribuer à cette mission en restaurant l'exercice de l'Ingenium : "cette étrange faculté de l'esprit humain qui est de relier, de solidariser, de contextualiser"...(Vico), afin d'inventer des "formes" pertinentes et appropriables.

Certes, le terrain de la "reliance" n'est pas vierge : dans de multiples domaines de la formation, de l'ingénierie et de la recherche, il existe d'innombrables expériences qui peuvent témoigner de leur fécondité, dès lors qu'elles se sont développées en assurant leur légitimation épistémologique et socio-culturelle.

Le Grand Atelier MCX "Formation et Complexité" de Lille 2003, propose d'explorer le champ des expériences qui se sont développées pour relier enfin "Faire et Comprendre" : que ce soit dans l'enseignement, dans les diverses formes d'accompagnement : en formation, sportives, managériales..., ou dans les "organisations apprenantes" et les formations en alternance. Il nous appartient alors de réfléchir et de construire à partir de nos expériences et de nos conceptions pour appréhender la complexité en formation.

Cultures scientifiques dures et douces, cultures artistiques, cultures des praticiens et cultures des chercheurs, peuvent-elles encore rester disjointes dans la formation des citoyens ?